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Chaque jour de la semaine,
l'un des chroniqueurs de Dilhad sul (dont
votre serviteur), scribouillard ou dessinateur, met ses beaux habits
du dimanche pour se moquer, s'émouvoir, s'indigner, partager un coup
de gueule, un coup de coeur… Actu ou pas actu. Élections ou pas
élections. Bref, on s’habille propre et on rhabille tout le monde pour
l’hiver. Une seule règle : l’impertinence pour faire un doigt d’honneur
au ronron ambiant.
C'est sur : www.dilhadsul.fr
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Nous
sommes tous des musulmans toulousains !
L'Autre,
c'est toujours un peu moi. On ne m'ôtera jamais ça de l'idée. Au point
que je pourrais facilement m'imaginer en pouilleux comme en Crésus,
en délinquant ou en musulman, moi, le mécréant rangé des voitures.
En tout cas, cette France accaparée par les " Français de souche ",
il est urgent de la démembrer (et ne me parlez pas de remembrement
!).
Election présidentielle, coupe du monde de foot,
drame « national », autant d’évènements
qui devraient souder comme un seul homme tous les citoyens d’un
pays, à ce qu’il paraît. Moi, je n’ai jamais
réussi à me sentir comme faisant vraiment partie de
la bande. Et vous ? Vous vous sentez français ? Un peu, beaucoup,
à la folie... ou pas du tout ?
Dans un livre récemment remis à jour et réédité,
Emmanuel Todd et Hervé Le Bras (L’invention de la France,
éd. Le livre de poche) expliquent à quel point la République,
née d’une conflagration d’idées nouvelles
et soumise à bien des contradictions, réactions et retours
de flamme, s’est construite sur un camaïeu de peuples et
de cultures. Ils démontrent aussi, à travers une analyse
très fine des comportements, territoire par territoire, que
les différences n’ont pu être effacées en
profondeur, évoluant même de façon autonome ici
et là. Avec des aspects inattendus. Par exemple, cette confiance
collective inébranlable qui semble habiter la plupart des Bretons,
alors que dans les campagnes de l’Est où l’on se
claquemure, l’individualisme, la dépression et la xénophobie
font des ravages. Les auteurs font apparaître certaines permanences
comportementales identiques depuis le sixième siècle
! Pourtant, depuis ma plus tendre enfance, comme chacun d’entre
vous, je dois subir la propagande omniprésente de l’unité
nationale, véhiculée par le système éducatif,
les médias, le discours des élites. Passe encore, si
ce discours s’appuyait sur l’adhésion commune à
des valeurs comme la laïcité, la solidarité envers
les plus démunis, l’égalité devant la justice,
la protection des minorités. Au lieu de cela, une bande de
clowns descendus de la planète France nous serine avec une
identité culturelle à laquelle je me sens parfaitement
étranger. De Jean d’Ormesson à Le Pen, de l’Académie
à TF1, de Pascal Sevran à Chevènement, de Jules
Ferry à Malraux, c’est « Je ne veux voir qu’une
seule tête, et une seule langue, une seule culture, une seule
nation ». Cette unité de façade n’est pas
seulement ridicule, elle est dangereuse. Depuis que l’extrême
droite est au pouvoir en France, avec Sarkozy, Hortefeux, Guéant
et leurs complices de la droite couille molle, chaque problème
social est devenu un problème culturel, un problème
de « communautarisme », un problème de différence.
La langue de Sarko a fourché – langage révélateur
- lorsqu’il a parlé des « Français musulmans
d’apparence ». Quand il s’agit d’arrêter
un fou furieux se réclamant de l’Islam radical, on préfère
l’abattre comme un chien, ou plutôt comme un chien de
musulman, plutôt que de l’interroger. Le ministre de l’intérieur
dirige les opérations, au mépris des lois en vigueur.
Evidemment, on refuse toute explication devant les élus du
peuple, malgré les zones d’ombre qui entourent l’affaire.
Et on lance quelques jours plus tard un coup de filet chez des islamistes
qui n’ont encore rien fait, à part acheter des kalachnikovs
inutilisables et avoir eu de mauvaises pensées.
Nombre d’entre nous ont découvert, à l’occasion
de la tuerie de Toulouse, qu’il y avait en France des lycées
confessionnels juifs qui enterraient leurs morts en Israël. Libre
à eux. A mettre en perspective, tout de même, avec la
levée de boucliers que ne manque pas de soulever l’annonce
de tout projet de construction d’établissement scolaire
musulman ou de mosquée, mais aussi avec les réactions
hostiles à l’enseignement par immersion pratiqué
par les écoles Diwan en Bretagne, qualifiées de secte
par Mélenchon.
La France une et indivisible, représentée par son gouvernement
d’extrême droite, renvoie dans cette affaire une image
de vengeance brute, de mépris, d’absence de justice et
de transparence. Nul doute que les salopards qui endoctrinent au nom
de l’Islam les laissés pour compte de la république
et les paumés « musulmans d’apparence » auront
entendu le message et sauront le mettre à profit.
La flicaille peut se frotter les mains : du haut en bas de l’échelle,
la fabrique d’abrutis tourne à plein régime. Deux
cent vingt ans après la Révolution, les intégristes
républicains n’ont pas réussi à empêcher
nombre d’habitants de ce pays à vivre tant bien que mal
leur différence. S’ils s’entêtent à
vouloir remodeler du musulman à tour de bras, on peut leur
souhaiter bien du plaisir. La république sera plurielle ou
ne sera pas. Si elle continue sur cette voie, elle ne sera pas.

Retrouvez
les Coups de gueule précédents ici.
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