NOUVEAUX ARTICLES EN PAGE JOURNALISME
Onglet Portraits : Morvandiau, Michel Ogier et Hubert Ben Kemoun, les éditions Barzakh à Alger
Onglet Culture, mon dernier article : Le livre et l'argent

ACTUALITES, ATELIERS
Quelques rendez-vous, des films en route, des films en tournage... un roman en chantier
... et une grande fête, où ça ?... à Douarnenez, La vie en reuz, du 17 au 19 mai !

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Écrivez-moi sur
ge.caroline(a dans un rond)wanadoo.fr

Le cul sur la dune, à Ti Mimoun, en Algérie, Gérard Alle réfléchit au sens de la vie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chaque jour de la semaine, l'un des chroniqueurs de Dilhad sul (dont votre serviteur), scribouillard ou dessinateur, met ses beaux habits du dimanche pour se moquer, s'émouvoir, s'indigner, partager un coup de gueule, un coup de coeur… Actu ou pas actu. Élections ou pas élections. Bref, on s’habille propre et on rhabille tout le monde pour l’hiver. Une seule règle : l’impertinence pour faire un doigt d’honneur au ronron ambiant.

C'est sur : www.dilhadsul.fr

Nous sommes tous
des musulmans toulousains !

L'Autre, c'est toujours un peu moi. On ne m'ôtera jamais ça de l'idée. Au point que je pourrais facilement m'imaginer en pouilleux comme en Crésus, en délinquant ou en musulman, moi, le mécréant rangé des voitures. En tout cas, cette France accaparée par les " Français de souche ", il est urgent de la démembrer (et ne me parlez pas de remembrement !).

Election présidentielle, coupe du monde de foot, drame « national », autant d’évènements qui devraient souder comme un seul homme tous les citoyens d’un pays, à ce qu’il paraît. Moi, je n’ai jamais réussi à me sentir comme faisant vraiment partie de la bande. Et vous ? Vous vous sentez français ? Un peu, beaucoup, à la folie... ou pas du tout ?
Dans un livre récemment remis à jour et réédité, Emmanuel Todd et Hervé Le Bras (L’invention de la France, éd. Le livre de poche) expliquent à quel point la République, née d’une conflagration d’idées nouvelles et soumise à bien des contradictions, réactions et retours de flamme, s’est construite sur un camaïeu de peuples et de cultures. Ils démontrent aussi, à travers une analyse très fine des comportements, territoire par territoire, que les différences n’ont pu être effacées en profondeur, évoluant même de façon autonome ici et là. Avec des aspects inattendus. Par exemple, cette confiance collective inébranlable qui semble habiter la plupart des Bretons, alors que dans les campagnes de l’Est où l’on se claquemure, l’individualisme, la dépression et la xénophobie font des ravages. Les auteurs font apparaître certaines permanences comportementales identiques depuis le sixième siècle ! Pourtant, depuis ma plus tendre enfance, comme chacun d’entre vous, je dois subir la propagande omniprésente de l’unité nationale, véhiculée par le système éducatif, les médias, le discours des élites. Passe encore, si ce discours s’appuyait sur l’adhésion commune à des valeurs comme la laïcité, la solidarité envers les plus démunis, l’égalité devant la justice, la protection des minorités. Au lieu de cela, une bande de clowns descendus de la planète France nous serine avec une identité culturelle à laquelle je me sens parfaitement étranger. De Jean d’Ormesson à Le Pen, de l’Académie à TF1, de Pascal Sevran à Chevènement, de Jules Ferry à Malraux, c’est « Je ne veux voir qu’une seule tête, et une seule langue, une seule culture, une seule nation ». Cette unité de façade n’est pas seulement ridicule, elle est dangereuse. Depuis que l’extrême droite est au pouvoir en France, avec Sarkozy, Hortefeux, Guéant et leurs complices de la droite couille molle, chaque problème social est devenu un problème culturel, un problème de « communautarisme », un problème de différence. La langue de Sarko a fourché – langage révélateur - lorsqu’il a parlé des « Français musulmans d’apparence ». Quand il s’agit d’arrêter un fou furieux se réclamant de l’Islam radical, on préfère l’abattre comme un chien, ou plutôt comme un chien de musulman, plutôt que de l’interroger. Le ministre de l’intérieur dirige les opérations, au mépris des lois en vigueur. Evidemment, on refuse toute explication devant les élus du peuple, malgré les zones d’ombre qui entourent l’affaire. Et on lance quelques jours plus tard un coup de filet chez des islamistes qui n’ont encore rien fait, à part acheter des kalachnikovs inutilisables et avoir eu de mauvaises pensées.
Nombre d’entre nous ont découvert, à l’occasion de la tuerie de Toulouse, qu’il y avait en France des lycées confessionnels juifs qui enterraient leurs morts en Israël. Libre à eux. A mettre en perspective, tout de même, avec la levée de boucliers que ne manque pas de soulever l’annonce de tout projet de construction d’établissement scolaire musulman ou de mosquée, mais aussi avec les réactions hostiles à l’enseignement par immersion pratiqué par les écoles Diwan en Bretagne, qualifiées de secte par Mélenchon.
La France une et indivisible, représentée par son gouvernement d’extrême droite, renvoie dans cette affaire une image de vengeance brute, de mépris, d’absence de justice et de transparence. Nul doute que les salopards qui endoctrinent au nom de l’Islam les laissés pour compte de la république et les paumés « musulmans d’apparence » auront entendu le message et sauront le mettre à profit.
La flicaille peut se frotter les mains : du haut en bas de l’échelle, la fabrique d’abrutis tourne à plein régime. Deux cent vingt ans après la Révolution, les intégristes républicains n’ont pas réussi à empêcher nombre d’habitants de ce pays à vivre tant bien que mal leur différence. S’ils s’entêtent à vouloir remodeler du musulman à tour de bras, on peut leur souhaiter bien du plaisir. La république sera plurielle ou ne sera pas. Si elle continue sur cette voie, elle ne sera pas.



Retrouvez les Coups de gueule précédents ici.