Le cul sur la dune, à Ti Mimoun, en Algérie, Gérard Alle réfléchit au sens de la vie






Leitura Furiosa, Amiens, mai 2012 (éd. Le Cardan).
Ici, le fruit d’une rencontre (une heure de visite, deux heures d’échanges)
avec un groupe de cinq femmes victimes de violences,
une statue picarde et une momie égyptienne, au musée de Picardie (de la Préhistoire au XXe siècle).







Edwy Plénel, Caroline Troin et Gérard Alle, le 21 août 2010

Edwy Plénel, à Douarnenez

Le samedi 21 août 2010, Edwy Plénel, directeur du journal en ligne Médiapart, était l’invité du Festival de cinéma de Douarnenez. Il a d’abord surfé sur la matière de son superbe livre La découverte du monde, passant allègrement de Christophe Colomb au néo-colonialisme, de la Caraïbe à la Bretagne, d’hier à aujourd’hui, suivant ainsi les arcanes d’un imaginaire puissant, nourri d’une culture cosmopolite, qui guide sa pensée poétique, politique et philosophique. Un homme à des années-lumière des stratégies de pouvoir, de l’encombrement des ego ou des compromissions obscènes qui caractérisent l’oligarchie et ses affidés. Un homme en guerre. Déterminé à tout chambouler, mais toujours gourmand, et qui sait rester zen. Son propos était stimulé par les questions et les réflexions d’un public nombreux et enthousiaste.
Cet enregistrement concerne la seconde partie de l’intervention. Edwy invente alors une nouvelle unité monétaire, le « banier », fustige la République vue de Neuilly, nous invite à une société multiculturelle, et nous donne ce conseil :
« Soyons ouverts à ce qui pourrait, dans l’inattendu, nous émerveiller ». C’est édifiant, rebelle et revigorant !


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Cesare Battisti entouré de parlementaires brésiliens
venus le soutenir dans sa prison de Brasilia.

Lettre ouverte
au Président de la République du Brésil
à propos de Cesare Battisti

24 novembre 2009

À Son Excellence Luís Inácio Lula da Silva,
Président de la République du Brésil,

 Votre Excellence a entendu les accusations graves qui pèsent sur Cesare Battisti, de terrorisme, de meurtres. Elle a aussi entendu ses défenseurs expliquer l’absence de preuves et de témoignages sur sa culpabilité, le rôle très douteux des « repentis » lors du procès, la suspicion qui entache de nombreuses pièces du dossier.

 Vous avez entendu, Monsieur le Président, certains Italiens, de droite comme de gauche, réclamer l’extradition de cet homme. Leurs offensives médiatiques et diplomatiques ne laissent aucune place au doute et aux points de vue contradictoires. Cet acharnement soudain contre un homme dont ils ne se sont jamais souciés pendant tant d’années démontre bien que Cesare Battisti est devenu un strict enjeu politique et électoral. Pourquoi ne s’intéressent-ils pas, par exemple, à d’autres Italiens exilés, d’extrême-gauche et surtout d’extrême-droite, dont la responsabilité dans des attentats est avérée ?

 Votre Excellence est le chef d’Etat d’un grand pays, le Brésil, et si elle a, dans un premier temps, accordé l’asile politique à Cesare Battisti, au vu de sa situation et conformément à la constitution de son pays, elle a aussi, dans un deuxième temps, vu le Tribunal Suprême se saisir de l’affaire, et des personnes tenter à leur tour d’en faire un enjeu de politique intérieure. Pour ces gens-là, une fois encore, le sort de l’homme importe peu.

  Maintenant que le Tribunal Suprême a rendu son avis, la décision quant à l’avenir de Cesare Battisti vous appartient, à vous et à vous seul. Votre Excellence comprend que la grève de la faim qu’il a entamée n’était pas un chantage. Il s’agissait d’un acte de désespoir, œuvre d’un homme révolté par ce qu’il considère comme une grande injustice. Battisti proteste depuis des années, affirme qu’il n’a jamais dirigé l’organisation dont il faisait partie et qu’il n’a pas commis les crimes dont on l’accuse. Pourtant, on refuse de l’entendre, et il importe peu, semble-t-il, à ses accusateurs, qu’il soit coupable ou non. Pour eux, Battisti est avant tout un symbole. Et dans leurs propos, il n’est guère question de droit, mais plutôt de vengeance, cet ennemi de la justice.

  Cette affaire Battisti provoque un grand malaise chez tous les êtres épris de justice et de liberté : peut-on condamner un homme et le laisser mourir, quoi qu’il ait fait, simplement parce qu’il est devenu depuis cinq ans un objet d’échanges, l’enjeu de querelles politiques et de tractations économiques, nationales et internationales qui le dépassent ?
C’est bien là tout le contraire d’un point de vue humaniste.

 L’engagement peut mener à la rébellion. La rébellion, lorsqu’elle échoue, peut mener en prison. La rébellion, lorsqu’elle est victorieuse, peut mener à la responsabilité politique. Et la politique mène par nécessité à des compromis. Cela, Monsieur le Président, nous le comprenons, comme nous comprenons que Votre Excellence soit confrontée à un problème complexe. C’est une grande responsabilité. C’est aussi un immense privilège devant la Justice et l’Histoire. En disant non à l’extradition de cet homme, vous pouvez repousser cette entreprise barbare qui voudrait que la vie d’un homme ne pèse rien lorsque des puissants, un Etat, voire une multitude appellent au sacrifice du bouc-émissaire.

 Car vous savez, Monsieur le Président, que la personne de Cesare Battisti ne saurait se réduire à un symbole. Cesare Battisti est avant tout un être humain. A votre demande, il vient de cesser sa grève de la faim. Cela prouve qu’il a confiance en vous. Nous avons confiance, nous aussi. Car nous sommes persuadés que le Président de la République du Brésil ne laissera pas livrer cet homme à un pays qui réclame bien tardivement et trop férocement une injuste vengeance. Et l'Histoire s'en souviendra.

 Nous prions Son Excellence de croire à toute notre admiration et à l’expression de notre très grand respect,


Gérard Alle écrivain, Comité de soutien à Cesare Battisti
Jean-Pierre Dubois Président de la Ligue des Droits de l’Homme
Michel Tubiana Président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme


 

 

Extrait de la lettre de Cesare Battisti
à Luís Inácio Lula da Silva,
Président de la République du Brésil

Trente ans changent beaucoup de choses
dans la vie des hommes,
et parfois font toute leur vie.

(L’homme révolté – Albert Camus)

 « J’ai toujours lutté pour la vie. Si malgré cela, il faut mourir, je suis prêt, mais jamais je n’accepterai que ce soit par la main de mes bourreaux. Dans ce pays, le Brésil, je vais continuer à me battre jusqu’à la fin. Malgré la fatigue, jamais je ne jetterai l’éponge dans la lutte pour la vérité. Cette vérité que quelques-uns ne veulent pas voir. Le pire des sourds est celui qui ne veut pas entendre. Le pire des aveugles est celui qui ne veut pas voir.
  En guise de conclusion, je veux remercier tous mes camarades, qui depuis le début de ce combat ne m’ont jamais abandonné. Je remercie aussi ceux qui se sont joints à eux plus récemment. À vous tous, mes plus sincères remerciements. Une dernière suggestion : je vous conseille de continuer à lutter pour vos idéaux, pour vos convictions. Ça vaut la peine !
  J’espère que le combat de ceux et celles qui sont tombés au front ne soit pas vain. Même si on perd cette bataille, je garde la conviction que la victoire dans cette guerre est au bout du chemin de ceux qui luttent pour faire triompher la généreuse cause de la justice et de la liberté.

 Je vous livre ma vie, Votre Excellence, ainsi qu’au peuple brésilien. »

Brasilia, le 13 novembre 2009
Cesare Battisti




À quel enfant parlerez-vous de justice, de parole donnée, de respect, dans ce monde abandonné au lynchage, aux passe-droit, au mensonge et à l'Inquisition ? Le dégoût me vient au lèvres. Je ne suis pas né de la dernière pluie. Je sais la guerre à l'intelligence et à la générosité qu'ont déclaré les idéologues de la "fin de l'Histoire". Et j'ai entendu maintes fois le silence de plomb des petits porteurs de valises. L'odeur rance de la lâcheté. Le froissement des billets, le roulement des chariots du marché, la portion écoeurante de gâteau à la crème, la douche quotidienne qui lave notre culpabilité de nantis, les gardes armés qui protègent notre sécurité de gros bébés joufflus et capricieux. J'ai la rage au ventre. Déjà, brûlent nos rêves supposés, stérilisés dans l'oeuf, avant que ne soit prononcé le premier mot. Les gesticulations géopolitiques n'y changeront rien. Nos gouvernants sont bel et bien alignés sur l'américanoïaque guerre préventive contre l'imagination. Et la justice est à leur botte. Écrasée, toute révolte contre l'ordre établi, au nom de la lutte antiterroriste. Rectifiée, la mémoire des hommes, de leurs victoires, de leurs combats passés et présents. Privés d'avenir. Exit Battisti, témoin gênant d'une histoire trop complexe pour les populistes et leurs discours simplificateurs. Témoin de ces années que d'autres ont appelées "de plomb", sans doute parce qu'ils n'en goûtaient guère les moments de transcendance, de fête et d'insolence.  Pourtant, les années de plomb, lourdes comme des enclumes sur nos têtes, n'avez-vous pas l'impression qu'elles commencent aujourd'hui ? Où sont les assassins ? Les temps sont venus de la terreur d'État qui jette les bébés avec l'eau du bain de sang. Qui ne pense pas comme eux prend le chemin de Guantanamo. Et à chaque minute, Bush, Sharon, Poutine et leurs complices, héros du "camp de la Liberté", criminels au nom de la démocratie, créent des milliers de nouveaux terroristes en puissance qu'ils écraseront comme des mouches, demain. L'humanité précipitée dans l'entonnoir, vers le tamis qui doit séparer le bon grain de l'ivraie. Faute de ne pouvoir faire entendre sa voix, la génération italienne de Cesare Battisti plongea dans la lutte armée. Le piège s'était refermé sur elle. Mais quelle expression laisse-t-on aujourd'hui aux militants démocrates pro-kurdes de Turquie, versés sur la liste des organisations terroristes, par l'Europe valet des Amériques ? Quel avenir pour les gamins des cités, par la faute d'une nation qui n'a pas voulu voir que deux langues et deux cultures c'était une richesse ? Quelle porte laisse-t-on ouverte à celui qui a commis une faute, pour refaire sa vie à sa sortie de prison ? Qui se soucie des Tchétchènes coupés en rondelles ? Envoyer Battisti en taule pour le restant de ses jours n'a d'autre sens que celui d'une vengeance sournoise, exercée au nom d'une république qui a perdu toute dignité. Faute de rassembler ses citoyens autour d'un projet généreux, elle construit ses bunkers sécuritaires, et n'agite que des concepts universalistes vidés de leur substance, ou nationalistes refermés sur eux-mêmes. Les uns ou les autres pouvant à l'occasion servir de paravents à un conglomérat d'intérêts. C'est tout. "Participer à la lutte pour ne pas participer à la défaite", disait Brecht. Aujourd'hui, j'ai surtout honte pour ceux qui n'ont pas bougé le petit doigt. En acceptant le discours dominant, "Battisti assassin", partie intégrante de la lutte du "Bien contre le Mal", ils ont fait un pas de plus vers l'esclavage.

Gérard Alle




PORTRAIT SENSIBLE :
Gérard Alle, par Kriss

diffusé les 17 et 18 octobre 2002 sur FRANCE-INTER

[écouter ou télécharger ici] (durée 45mn)

Kriss est décédée en novembre 2009, mais sa voix, l'une des premières de FIP et de L'Oreille en Coin, est toujours en nous, fraîche et sensible. Pour moi, Kriss c'est aussi de grandes parties de rigolade et une amie qui s'est envolée...







Le mariage de tonton Connan avec tante Jeanne, une sœur de ma grand-mère Perrine. La jeune fille était de Spézet, mais elle avait adopté la coiffe de Scaër, le pays de son mari.

Glaz couleur bretonne qui joue des bleus et des verts entre la mer des huîtres et des maquereaux et le ciel changeant le vent dans le camaïeu des hortensias ou la bruyère délicate mauve, mouk qui chasse les nuages gris entre ardoise et granit rose gargouille relevée de lichens jaunes de cette autre couleur bretonne, melen des cirés et des ajoncs pour faire oublier les soirs de tempête noirs, du comme novembre où tout s'efface sauf le cidre doré et le beurre salé, en attendant l'été que la mer charge les sables encore vierges de leurs pastels au lever du jour, puis que le soleil couché sur le talus désigne un chemin profond où brille le ruban de mémoire rouge, ruz des tracteurs comme des bateaux, tandis que le goéland honni disparaît dans la lumière blanche, gwenn l'éblouissante bigoudène.




Une interview pour Rayon Polar :
GERARD ALLE EN DEUX QUESTIONS

Né en 1953, Gérard Alle est un romancier guidé par une exigence de qualité, dans un univers proche du roman noir. Depuis ses débuts chez Baleine en 2000, il a publié six romans, dirigé ou participé à plusieurs recueils de nouvelles, et sorti en 2007 Les papys féroces, regroupant trois courts “romans gris”. Sur RayonPolar.com, il a largement répondu à deux questions qui l'inspirent.

Claude Le Nocher : Dans quelle mesure le roman doit-il être le reflet de la réalité ?


Gérard Alle :
Le rapport à la réalité est en effet préoccupant. Je vois le romancier comme un conteur. Il doit être capable de faire avaler des couleuvres au lecteur. Plus la couleuvre est grosse tout en restant consommable, plus le livre est réussi. C'est sans doute l'intérêt premier de l'écriture de fiction, car chacun peut constater à quel point la réalité est déjà incroyable et peu crédible. La fiction doit nous affranchir des contraintes de l'espace et du temps. Dans ce sens, les contraintes de la langue sont parfois un frein à l'imaginaire et au basculement nécessaire du point de vue. Il faudrait pouvoir écrire à la première personne quand il s'agit de toucher le réel de l'émotion, du ressenti, au plus près, et passer à la troisième personne quand on veut donner de la distance. Il faudrait en même temps pouvoir écrire au présent, pour être au plus près de l'action, et au passé, pour installer la narration. Il faudrait aussi être ici et ailleurs, au même instant, et puis vivant et mort. Il faudrait se débarrasser de la structure même du langage, parfois, pour traduire l'urgence, la fulgurance d'un instant.

Mais la réalité est le port d'attache du lecteur. Et il faut l'entraîner à larguer les amarres. Pourquoi ? Parce que l'imaginaire c'est l'aventure de l'esprit, la subversion. Celui qui n'entre jamais dans l'imaginaire d'un auteur a peu de chance de libérer le sien, d'imaginer sa propre vie, et risque fort de se laisser dicter ses choix. Mais il ne faut pas oublier pour autant le port d'attache. Le réel contient sans doute toutes les merveilles du monde, là, à portée de la main, dans notre quotidien. Mais notre sensibilité est émoussée, on ne veut pas voir, on ne veut pas entendre, on ne veut pas savoir, on veut oublier, aussi. Embrasser dans l'instant toute la réalité passée, présente et à venir est sans doute quelque chose d'insupportable pour notre cervelle et nos sens. Et comme notre vision de la réalité est forcément partielle, il faut changer de temps en temps d'angle de vue.
Souvent, imaginer, ce n'est pas inventer de toutes pièces une situation, mais c'est coller ensemble deux situations réelles ou vécues qui n'avaient rien à voir au départ; c'est aussi créer un personnages en assemblant les morceaux épars de plusieurs caractères bien réels. La littérature est là au moins pour nous proposer d'aborder les choses sous un angle inattendu. Tout part du réel, l'important c'est de ne pas y rester. Le reflet pur et simple de la réalité est sans intérêt. Il faut pour le moins que le reflet trouble nous trouble, que le miroir déformant nous déforme. S'il fallait donner un seul exemple, je citerai cet écrivain irlandais (Joyce ? Becket ? Oscar Wilde ?... je ne sais plus) qui a dit : “La réalité n'est qu'une hallucination due au manque d'alcool.”

Le roman peut-il cultiver la prise de conscience citoyenne sur l’environnement et l’écologie (respect de la nature et du cadre de vie, pollutions évitables et risques pour la santé) ?

Gérard Alle :
Il est toujours risqué d'utiliser la fiction romanesque pour essayer de faire passer un message, quelle que soit la pertinence de ce message. Il m'est arrivé de décrire certaines dérives agri-environnementales, notamment dans un roman intitulé Il faut buter les patates [Baleine, 2001], et l'absence de réaction de la part des lobbies mis en cause montre à quel point la littérature n'est pas faite pour changer le monde - tout au plus peut-elle changer les gens (une personne, ici ou là, pourra être chamboulée par la lecture d'un ouvrage). En fait, les coupables sont cyniques, sûrs de leur puissance, et les citoyens, quelque peu fatalistes, alors, l'inertie est immense.
Le plus efficace - j'entends au sens littéraire du terme, est peut-être la science-fiction, le roman d'anticipation, quand il nous projette dans un avenir inquiétant et nous oblige à refuser cette fatalité. Le roman noir, aussi, peut nous bousculer, en nous faisant voyager dans la réalité glauque d'un complexe chimico-oligo-mafieux du fin-fond de la Russie ou de la Chine, par exemple, mais il risque, alors, de nous faire croire que le danger vient d'ailleurs, alors qu'il vient surtout de nous-mêmes.
Le roman que je suis en train d'écrire en ce moment, troisième d'un cycle intitulé Lancelot fils de salaud*, nous projette dans une vingtaine d'années. La technologie y côtoie le chaos, plein de choses en lesquelles nous croyons aujourd'hui ne fonctionnent plus, ou par intermittence; il y a des vieillards séniles dans les maisons; il fait un brin plus chaud, ce qui permet de faire du vin en Bretagne et même en Suède (en fait ce sont les amplitudes climatiques qui augmentent, ainsi que les tempêtes). Le chaos qui règne dans certaines zones fait des dégâts socialement, mais il permet aussi des expériences originales, lorsque les hommes savent désobéir et se réinventer un vivre ensemble.
En fait, la question centrale, dans ces histoires de littérature et d'écologie est celle du contrôle social. Agiter la peur de la pollution, de la maladie et de la mort est très contre-productif, politiquement parlant : si tout est foutu, pourquoi se battre ? Si l'on joue avec cette matière explosive, il faut aussi, en face, jouer avec l'utopie. Aujourd'hui, nos enfants nous entendent dire à longueur de temps que le monde est pourri, et que leur vie sera plus dure que la nôtre. Or, demain leur appartient et sera ce qu'ils en feront. En ce sens, le catastrophisme littéraire est réactionnaire. Vive l'utopie !

* La fugue de l’escargot et L’arbre aux chimères.
En 2007 est paru Les papys féroces, tous aux éditions Coop Breizh.






28 mai 1988 à Spézet, Le retour du Kaolmoc'h, opéra mythique,
joué une seule fois. Entourent Gérard Alle :
Erik Marchand, Laurent Jouin et Christian Dautel.

 

 

 

 

 

 

Nous,
clients, consommateurs, cafetiers et buralistes,
demandons le droit d’expérimenter,
en Bretagne,
des horaires plus souples pour l’ouverture des cafés ;

Nous,
clients, consommateurs, cafetiers et buralistes,
demandons une taxation des alcools forts
dans les magasins,
à même de dissuader les achats massifs,
et la stricte application des lois
interdisant la vente aux mineurs ;

Nous,
clients, consommateurs, cafetiers et buralistes,
demandons la liberté de fumer
dans les établissements équipés d’extracteurs-épurateurs de fumée ;

Nous,
clients, consommateurs, cafetiers et buralistes,
demandons le soutien,
dans les petites agglomérations et en milieu rural,
des initiatives de transport collectif permettant,
notamment aux jeunes et aux personnes âgées,
de se rendre dans les lieux de convivialité
en toute sécurité.

Soutenez
le Collectif Convivialité Bretagne

MANIFESTE DU COLLECTIF
CONVIVIALITÉ BRETAGNE

Demain, une Bretagne sans bistrots
et sans bars tabacs, c’est possible !

Les Bretons ont le sens de la fête, dit-on. L’été, c’est la période des festivals. La Bretagne s’affiche, se montre accueillante. Mais l’automne venu, les Bretons seront-ils désormais forcés de rentrer chez eux, de s’abrutir chaque soir devant la télévision, de s’alcooliser à la maison, ou de se gaver de tranquillisants pour supporter une vie devenue bien morne ?

En 2007, plus de 12 % des cafés ont dû fermer leurs portes, dans le seul département du Finistère. Au 1er janvier 2008, ce sont plus de 1600 lieux de convivialité qui sont menacés de fermeture par la mise en application aveugle du décret d’interdiction de fumer dans les lieux « à usage collectif ».
Les Bretons ont le sens de la fête.
Cela fait sourire, parfois. Un puissant lobby de médecins puritains a réussi à imposer l’image d’un peuple d’alcooliques, qu’il convenait de mettre au pas. Les cafetiers ont été accusés d’être responsables de l’alcoolisme et du tabagisme. On a réduit les heures d’ouverture, sorti les décrets anti-bruit, multiplié les contrôles. Notre réseau des cafés-cabarets, unique en France, en a été démantelé. Et maintenant, c’est le coup de grâce, avec l’interdiction totale de fumer dans les bars tabacs, là où, pourtant, le tabac est en vente légale.

Savez-vous que 78,5 % des boissons alcoolisées sont vendues en grandes surfaces, contre seulement 11,5 % dans les cafés, bars, restaurants, et 8,5 % dans les gares et stations de métro ?
Faut-il rappeler que les tenanciers sont responsables légalement du comportement de leurs clients, contrairement aux gérants de supermarchés. Qui exerce un contrôle sur les produits que consomme la jeunesse qui s’alcoolise sur les parkings ? Personne ! Qui peut les dissuader de conduire un véhicule en état d’ébriété ? Personne !

Le puritanisme a des effets dévastateurs !
La répression a été privilégiée par le lobby puritain. Certes, les contrôles d’alcoolémie ont incontestablement contribué à la baisse du nombre d’accidents de la route.
Ce que l’on dit moins, c’est que les Bretons, grâce à l’engagement d’un certain nombre de médecins et de spécialistes refusant le tout répression, ont fait un travail de prévention qui a porté ses fruits, prenant en compte notre identité et nos particularismes, pour réduire considérablement les risques et les cas d’alcoolisme en Bretagne.

Les Bretons ont le sens de la fête.
Oui. Nous avons un sens de la convivialité et de la fête qui nous est particulier. Mais il faut s’insurger contre ces gens qui font volontairement la confusion entre ivresse occasionnelle et alcoolisme chronique. De même, les Bretons ne sont pas moins sensibles que les autres aux dangers du tabagisme. Sauf que, chez nous, fumeurs et non-fumeurs ne se font pas la guerre. En Espagne, les cafés peuvent choisir : fumeurs ou non-fumeurs. Dans d’autres pays, les systèmes d’extraction de fumée se généralisent.

Les Bretons ont le sens de la fête.
Mais cela ne fait plus sourire. Car il n’y aura bientôt plus de cafés dans nos campagnes, la solitude, la consommation de tranquillisants, l’alcoolisation domestique et le taux de suicides ne feront qu’augmenter, comme on le constate déjà, notamment chez les catégories les plus fragiles. A l’inverse d’autres pays, comme l’Irlande, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, la France se refuse à penser l’aménagement du territoire en termes de lien social et de convivialité.

Les Bretons ont le sens de la fête.
Alors, sauvons ce qui peut encore être sauvé !

 

 


SUR LES DOCKS

L'émission de France-Culture "Sur les docks" a présenté le lundi 26 AVRIL 2010 de 17h à 17h55 un documentaire signé Alexandre Héraud, consacré aux Gras de Douarnenez, avec comme guides Gérard Alle et son ami, l'écrivain bosnien Velibor Colic. Le déroulement des enregistrements, le grand talent du documentariste et de son preneur de son, leur incroyable flair, leur engagement total dans l'esprit des Gras, intelligent, festif, arrosé, ont permis ce grand moment...

[Écouter l'émission] ( 54 mn )
et
[voir le diaporama sonore] ( 5 mn 41 ),
sur une musique de Marcel Jouannaud, une lecture de Gérard Alle, des photos d'Alexandre Héraud et un montage de Jean-philippe Navarre, réalisation multimédia : Isabelle Lassalle.



ASSOCIATION
POUR LE RENOUVEAU
DES VINS BRETONS


Lors de l'Assemblée générale du 17 avril 2010, qui a eu lieu à Cléguérec, Gérard Alle a été réélu président de l'ARVB (Association pour le renouveau des vins bretons).
Il entame ainsi le cinquième mandat de ce qui s'apparente de plus en plus à un despotisme plus ou moins éclairé (ça dépend de l'état de fatigue).

À cette occasion, les congressistes, encouragés par M. le Maire de la commune, ont planté une vigne. Ils ont également visité le vignoble de M. Gilbert Le Douaron, sur les contreforts de la forêt de Quénécan, et dégusté quelques crus, dont les premières bouteilles des Coteaux du Braden, vin récolté à Quimper-Corentin : un Chardonnay tout à fait correct et un Pinot gris carrément remarquable.

On peut adhérer à l'Association (15 euros), en écrivant à :

ARVB
chez Jean-Michel KERBOEUF
2, allée Richard Wagner,
35000 - RENNES
02 99 30 16 40

 


Mon lapin bleu, à Pouldreuzic.
J’aime ce bistrot plus que tout autre. Un endroit où tout le monde se dit bonjour et se parle. La patronne est une lectrice passionnée de littérature et de philosophie. Je suis très fier qu’elle adore mes livres. Elle s’appelle Yvonne : Un jour, un monsieur est entré. Il avait de graves problèmes avec son fils. Pour le consoler, je lui ai dit : viens dans mes bras, mon lapin, tu sais, on est tous des petits lapins bleus qui restent parfois au bord de la route et qui risquent de se faire écraser par une de ces voitures qui roulent à toute vitesse et ne font attention à rien, mais heureusement, je suis là pour te recueillir, mon petit lapin bleu, ma porte sera toujours ouverte. Mon lapin bleu ! Elle m’a appelé mon lapin bleu ! Il a répété ça dans les cafés, à droite, à gauche. Et c’est resté. Le comptoir est bas. C’était la mode, dans le temps. Comme ça, quand les clients ont du chagrin, je peux les embrasser, vous voyez ?… (Photo : Gilles Pouliquen)

Sur France Bleu Breizh Izel,
dans l'émission "Jardin secret" du 10 Août 2010 :
Gérard Alle vous emmène au Lapin Bleu
.
[écouter ou télécharger ici] (durée 17 mn)


GAAAAAAAAAARDAVOUS








Parmi les 27 portraits des habitants de Séné participant à la pièce Circulez y a tout à voir ! fruits d'une collaboration entre Bruno Pilorget et Gérard Alle, voici celui de Brigitte Tellier :

Tous les matins, j'viens boire mon p'tit café au PMU. Quand y'en a un pour qui ça va pas, il vient me le dire. C'est mon QG, ici. Comme dirait Luc, le maire : T'es mes oreilles. Ouais, je suis tes oreilles. Des fois, il me presse : Dis-moi ce qu'il se passe, dis-moi ce qui s'passe... Je lui réponds : Hé ho ! J'suis tes oreilles, mais j'suis pas ta concierge !

J'ai passé mon enfance ici, où y avait rien, rien, rien du tout. A part les champs, les vaches. Quand j'allais chez ma tante, à Moustérian, je m'amusais bien. Y avait même une vache qui s'appelait Brigitte, pareil... C'était vache pour moi !

Les pêcheurs, dans l'temps, ils étaient sauvages. Je me rappelle un gars qu'avait piqué des crevettes ; ils l'avaient attaché au ponton de Port-Anna. A marée haute, il en avait jusque-là. Mais c'est qu'ils l'auraient laissé se noyer, ces cons-là !

C'est bien de se sentir chez soi. Le meilleur moment, c'est quand je reviens de vacances. Alors, raconte... Je me dis : Peut-être que je suis un peu concierge, quand même...
Non, parce que j'aime pas les ragots.

 




Noce surprise de GG et Caro à la Vie en Reuz, avec la fanfare hollandaise Première nuit d'amour











LA VIE EN REUZ

A Douarnenez, on aime faire la fête. La réputation de la cité sardinière n'est plus à faire... elle est FÊTE ! Et si la sardine fait la tête, se fait plus discrète, si les bateaux de pêche se font plus rares, si c'est le boulot qui trinque, plutôt que se morfondre, le Douarneniste préfèrera toujours lever le coude que baisser les bras. On ne se refait pas. Le Douarneniste préfère le carnaval, les Gras aux vaches maigres. Et le Douarneniste n'a pas dit son dernier mot. Douarneniste... un nom en iste, comme anarchiste, un étendard que l'on brandit, qui se revendique tout sauf triste. Les années passent, les générations défilent, de nouvelles fêtes naissent, d'autres meurent. Une force demeure. Un état d'esprit. Et ces fêtes douarnenistes sont des moments essentiels, des rituels indispensables pour que se transmette cet esprit rebelle qui permet de se réinventer, de s'imaginer un avenir, à Douarnenez comme ailleurs. Or, depuis quelques années, il y avait comme un chaînon manquant. Manquait une grande fête populaire estivale, unissant tous les quartiers, rassemblant jeunes et anciens, marins et terriens, musiciens d'ici et d'ailleurs. Ainsi est née LA VIE EN REUZ, de la volonté de quinze associations, de quatre quartiers, du savoir-faire des fêtes passées, d'Arrivées d'air chaud dans les années quatre-vingt, des Arts dînent à l'huile des années deux mille, du Festival du cinéma d'hier à aujourd'hui, et de tant d'autres. LA VIE EN REUZ... Le REUZ, en breton, est une sorte de désordre revendiqué, comme un bazar, comme un souk, un autre ordre, en fait, qui n'est pas dicté, un courant qui fait bouger les habitudes, qui bouscule et qui entraîne. Un mouvement. Un air joué par une centaine de musiciens, entonné par des milliers de voix. C'est la musique de la solidarité qui nous fait dire, comme l'ami Dick Annegarn, que d'être vécue la vie vaut bien... surtout LA VIE EN REUZ !









Diaporama Les Gras